Ta fille te ressemble tellement

Je suis une maman. Une maman de deux filles. Léane, mon ainée, vient de mon ventre. Raphaëlle, mon bébé, vient du ventre de mon ex-conjointe. Elles sont liées par le sang du donneur qui nous a aidés à fonder notre famille et par l'amour qui l'entoure. On me demande souvent si le lien qui m'unit à mes deux filles est différent puisque je n'ai pas de lien de sang avec ma Raphadoudou. Ma réponse est toujours affirmative et vive. Aucune différence! L'amour que j'ai pour mes filles ne se compare pas, mais... je me souviens d'une période où le lien de sang qui nous unit, Léane et moi, me faisait terriblement souffrir.

Léane était petite, quelques mois à peine. Je ne l'étais pas. C'était à l'époque où le miroir ne faisait pas partie de ma vie, car il me renvoyait cette terrible image de cette femme que je ne souhaitais plus être, mais qui était prisonnière d'un corps lourd et malade. Des gens, de toutes provenances, me disaient « ta fille te ressemble tellement ». Ces mots, gentils, sans l'ombre d'une méchanceté cognaient dans le fond de mon coeur et le faisaient exploser de douleur. Comment avais-je pu faire cela? Comment avais-je pu donner cette apparence que je déteste tant à une autre personne? Comment avais-je pu infliger une douleur croissante avec les années à une petite fille qui n'a rien demandé? J'avais condamné ma fille à me ressembler.

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Je gardais le silence pendant que mon coeur prenait des jours à se remettre de cette peine terrible. Je me punissais — vous vous doutez bien comment — de cette réalité que je ne pouvais changer. Puis, parce que la vie reprend toujours son cours, je me guérissais jusqu'à la prochaine fois que ces mots ressortaient... et ils ressortaient souvent. Puis, ma Léane a grandi et moi j'ai rapetissé. Et sans grande surprise, notre ressemblance s'est augmentée avec le temps. Des gens, de toutes provenances, me disent « ta fille te ressemble tellement ». Ces mots toujours aussi gentils font jaillir une grande dose de fierté de mon coeur maintenant réparé. Pourtant, au fond, je suis toujours la même! Étais-je vraiment qu'à 50 livres en moins de ne pas vivre cette souffrance invivable? Était-ce vraiment que cela? Bien sur que... non.

La perte de poids n'est pas que physique. En fait, je dirais qu'elle n'est que 40 % physique. Ce que le corps perd en poids, il le prend en confiance, fierté, pensées positives, énergie... en estime. La femme qui évitait le miroir n'avait pas beaucoup d'estime pour elle-même. On l'avait habituée à se trouver laide. Sans valeur aux yeux des autres. Sans attraits. On l'avait entraîné à ne voir que ses défauts. À miser sur sa personnalité pour plaire. À être drôle, parce qu'une fille grosse se doit d'être drôle. À ne pas viser trop haut dans son échelle de réussite. Et tout ça, je l'avais accepté. C'était mon sort.

J'ai perdu du poids, mais j'ai surtout gagné des nouveaux horizons. Ma vie ne se dessine pas comme elle avait commencé. Pas parce que je suis plus mince qu'avant, mais parce que j'ai décidé d'accueillir à bras ouverts les gens qui me disent que la plus belle chose que j'ai faite dans ma vie me ressemble tellement.

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Marie-Pier Allard