J'm'appelle Marie-Pier. Je suis une coureuse ordinaire.

Comme humain, on se définit par qui l'on est et ce que l'on fait. Cette définition change avec les années. Les mots qui sont utilisés dans le résumé de notre profil s'interchangent selon où nous sommes rendus dans notre vie et comment nous la remplissons.

Actuellement, les mots que j'utilise pour me définir sont : maman, auteure et coureuse ordinaire. Mais, il y a à peine de ça 5 mois, je n'étais pas une coureuse ordinaire. J'étais une coureuse. Pourquoi avoir ajouté un qualificatif? Pourquoi rabaisser ma performance à celle d'ordinaire? Pourquoi? Et bien, simplement parce que mon corps m'en a fait la demande.

Nous sommes en janvier 2018. Vous vous souvenez? Il faisait si froid qu'on se disait que l'été ne reviendrait jamais... Je courais 2-3 fois par semaine à l'extérieur. Je venais de faire mon plus gros mois de course à pied. 100 km courus dans le mois de décembre. Je me sentais bien. Très bien. Les séries de courses estivales ont commencé à sortir. Armée de ma carte de crédit, je me suis assise devant mon ordi et je me suis lancée le défi de courir mon premier 21 km cet été. Je le faisais de manière intelligente. Je me donnais plusieurs mois d'entrainement pour m'y préparer. Je faisais des distances de plus en plus longues en compétition pour m'y rendre. J'ajustais mon programme d'entrainement en conséquence. Vraiment, j'étais motivée à y arriver et j'étais convaincue que c'était la bonne chose à faire.

Février et mars se passent sans trop de problèmes. L'entrainement va bon train, mais je trouve difficile de courir par grands froids et surtout dans la neige. Je n'abandonne pas mes objectifs. Je continue.

Avril et mai sont des mois primordiaux. J'allonge mes distances. Je cours plus vite. Je prends de la masse musculaire.  Je profite du beau temps qui recommence bien tranquillement à faire sa place... puis. Rien. Après une longue course de 15 km, mon corps tire la plogue. Je suis fatiguée. Mes jambes sont lourdes. Ma tête s'embrouille. Mes yeux se remplissent d'eau.

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Le lendemain, j'avais une petite course à faire. Pour me délier les jambes. Je pars de chez moi, et après à peine un kilomètre, mes jambes ne veulent plus. Mes genoux sont raides comme des barres. Mon corps est en état de choc. Comme on m'a appris à pousser au-delà de la douleur à grand coup de « Just do it » et de « No pain. No gain! »... je pousse. Puis, une petite voix, celle de ma conscience que j'avais tue pendant quelques semaines, cri suffisamment fort pour que j'arrête de courir. Je marche tranquillement vers chez moi, le coeur lourd et surtout la tête basse.

Depuis le début de ma perte de poids, je n'avais subi aucun revers. Ma motivation était toujours constante. Mon corps suivait comme un champion. Alors, pourquoi maintenant? J'étais frustrée, amère, découragée et surtout je m'en voulais de ne pas avoir la force de passer par dessus cette barrière. Mais, j'ai dû m'avouer vaincue, et accrocher mes souliers.

J'ai pris une pause complète de 2 semaines. Aucune course, même pas douce. J'ai guéri mes petites blessures, mais j'ai surtout reposé ma tête. J'ai compris que la course me définissait maintenant, mais que je me devais de la définir à mon tour. Que je n'étais pas ces femmes que je suis sur les réseaux sociaux. Que j'étais moi. Que j'étais Marie-Pier, une coureuse ordinaire.

Vendredi dernier, je me suis retrouvée pendant quelques minutes avec le dossard de ce qui aurait été mon premier 21 km.

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Je l'ai longuement regardé. Je me suis même demandé si je tentais le coup parce qu'au fond, le défi me tentait vraiment.

Mais, j'ai choisi de courir longtemps dans ma vie, pas longtemps pour un soir seulement.

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J'ai enfilé mon dossard du 10 km et je l'ai couru dans le bonheur. Un bonheur sale de poussière de roche, d'une humidité accablante, d'un parcours magnifique et d'un sentiment de fierté d'être une coureuse ordinaire!