Le poids de l'équipe

Oui, j'ai été ronde toute ma vie. Mais, j'ai aussi fait du sport toute ma vie.

On ne parle pas ici d'activité physique occasionnelle, mais de sports organisés, de compétitions, même d'assez haut calibre dans une époque pas si lointaine. Or, le sport n'a jamais été au centre de ma vie? Il ne m'a jamais donné envie de me dépasser. D'améliorer mes performances. D'être une fille plus en forme pour atteindre de nouveaux sommets. De prendre ma vie alimentaire en main pour changer et devenir la grande sportive que j'aurais pu être. Mais, pourquoi donc?

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Je me suis réellement posé la question il y a quelques mois. Pourquoi, lorsque j'ai fait la rencontre de la course à pied, ai-je tout donné? Par quel hasard ce sport en particulier a fait de moi une femme qui veut se dépasser, améliorer ses performances, être bonne?

Je me souviens de cette enfant à qui on demandait au soccer de courir un tour de terrain pour l'échauffement. Cette enfant qui, après quelques foulées seulement, ralentissait déjà le groupe. Cette enfant qui se décourageait et marchait à partir du premier coin, car toute l'équipe était déjà bien loin. Cette enfant qui respirait lourdement pour arriver à terminer pendant que tout le monde avait commencé les autres exercices. Comment cette enfant s'est transformée en moi; une femme qui éprouve tant de plaisir à courir pendant des heures plusieurs fois par semaine?

Je vous le donne en mile, cette enfant s'est libérée d'un poids contraignant le jour de sa première sortie de course en 2017. Un poids psychologique dont elle ignorait elle même la présence. Le poids de l'équipe.

J'ai été bien des choses dans ma vie, mais « populaires », très rarement. J'ai passé au travers mes années scolaires en faisant tout pour me faire accepter, et cela passait souvent par ne prendre aucune place. Ni la mienne, ni celle que je me devais de prendre au sein d'une équipe. Je me souviens de moments très douloureux où j'aurais voulu sentir que je faisais partie de l'équipe, mais je n'étais qu'en marge de cette dernière. Je contribuais à ses succès, mais n'en récoltais pas sa juste valeur de retours positifs. J'étais une enfant rejet, qui sans jamais même y penser, aurait mieux fait de faire un sport individuel.

Je suis certes un être très sociable. J'ai besoin, pour fonctionner, d'être entourée de gens au quotidien. Mais, dans le sport, je me suis découvert une personnalité d'ermite. Pas parce que les autres m'embêtent — heureusement, l'intimidation ne passe habituellement pas le cap de la vie adulte —, mais parce qu'il me confronte à ces performances qui ne sont pas les miennes. Me battre contre moi, c'est un combat déjà suffisamment prenant.

Mes premières courses organisées ont été des moments déterminants dans le fondement de la pensée dernière Coureuse ordinaire. J'étais en fin de peloton à chacune de mes participations. Oui, j'avais moi aussi une médaille, mais avait-elle de la valeur si je terminais 192e sur 230? C'est après une course, une course difficile, dans des conditions montagneuses que je n'avais pas encore essayé, que le déclic s’est fait. Ma médaille ne représentait pas ma victoire sur plein d'autres coureurs, mais celle sur cette enfant qui détestait tant courir, parce qu'elle n'avait pas encore compris quel genre de sportive elle était. Une coureuse ordinaire, mais une humaine extraordinaire.

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