La grosse femme dans le miroir, c'est moi?

C'est une drôle de question : « La grosse femme dans le miroir, c'est moi? » Il est certain que lorsque l'on se regarde dans le miroir, on ne peut voir que nous. Notre réflexion, sans filtre, sans amélioration, sans possibilité de voir autre chose que nous à cet instant. Donc, oui, la grosse femme que je voyais dans le miroir ce matin de septembre 2016 c'était moi. Mais, ce matin-là, je me suis demandé « Et si ce n'était pas réellement qui je suis? » Si le qualificatif « grosse » que je portais depuis aussi loin que je me souvienne n'était pas réellement moi.

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J'avais traversé les 33 premières années de ma vie avec cette conviction profonde que j'étais « faite pour être grosse ». J'ai un gabarit de femme assez non standard. Je mesure 5pi11, j'ai la carrure d'un joueur de football... Disons, que, bien que j'aie essayé toute ma vie, je ne passe pas inaperçue! J'ai toujours détesté les photos de groupe. Être gros, lorsque l'on n’a personne avec qui se comparer c'est tel que tel, mais l'être dans une image qui capture l'instant d'un moment la différence que nous portons chaque jour de notre vie, s'en est une tout autre. J'appréhendais toujours le moment où je devais m'assoir dans une chaise avec des bras, un banc à plusieurs sans séparation ou passer dans un tourniquet de métro. Mais, la chose qui me faisait le plus mal, c'est quand, une amie d'un poids normal m'empruntait un chandail parce que soudainement il faisait un peu plus froid. L'image d'une personne qui habite la moitié de l'espace que je remplissais haut la main devenait insoutenable parce que trop réelle.

Mais, malgré tout ça, il y avait toujours cette petite voix qui disait « Marie-Pier elle a des gros os. » « Oui, mais t'es grande! » « Même si tu perdais beaucoup de poids, tu ne deviendrais jamais mince. » Alors, pourquoi travailler si fort, faire tant de sacrifices, me forcer à faire des choses que je trouve inhumaines... si au final, ça ne paraissait pas tant que ça?

Je ne peux encore pas vraiment m'expliquer pourquoi, mais ce matin de septembre 2016, il n'y avait plus de place pour le doute. Tout ce qu'il y avait c'est cette certitude nouvelle que cette grosse femme dans le miroir n'était pas réellement moi. Elle était l'image de ma souffrance. De ma dépendance à la nourriture. De la fuite que je choisissais de manière permanente. Des gâteaux cachés dans le tiroir de mon bureau. Des soirées à manger parce que rien d'autre ne semblait plus amusant. De cette triste réalité qu'au fond je voulais disparaitre et que la seule manière que j'avais trouvée pour le faire, c'est de prendre de plus en plus de place.

Cette seule interrogation a déclenché une suite de décisions, d'évènements et de grands changements qui ont littéralement sculpté dans cette ancienne version de moi, celle qui se voit aujourd'hui dans le miroir. Je suis encore grande. J'ai encore de gros os. Je ne suis toujours pas mince. Mais, je ne souhaite plus disparaitre aux yeux de personnes surtout pas aux miens. Et, si vous le désirez, je vous prête volontiers l'un de mes chandails si le temps frais se lève!

La femme qui est dans votre miroir est-elle vraiment vous?